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« Les Fruits Défendus… » dans la Presse


J’aimais tant... J’aime les contradictions


Barbara Petit - Théâtre du Blog - Cassandre/Hors Champ - avril 2011


« L'Art ne peut être moderne ; il est de toute éternité. » Ce pourrait être du Rimbaud. C'est en fait à l'un de ses frères, lui aussi artiste maudit, génie précoce à la vie et à l'œuvre aussi fulgurantes et brillantes qu'un météorite, que l'on doit cette provocante assertion. Soit à Egon Schiele, ce peintre grandiose dont les quelques croquis aquarellés et les trop rares huiles qui nous restent de lui témoignent d'un bien trop prompt départ pour l'au-delà.

Fidèle à sa pratique de créer des pièces autour d'artistes et de figures dont elle admire l'œuvre, après Antonin Artaud, Garcia Lorca et Dom Juan, dont nous avions pu assister, médusés, aux spectacles à eux dédiés, la Compagnie des Fruits défendus s'attache aujourd'hui à Egon Schiele. Elle commet là une entreprise bienvenue et salutaire puisque en effet, le monde du théâtre s'était jusqu'à aujourd'hui peu intéressé à ce créateur génial.

Plutôt que d'en retracer la vie, ce spectacle dénommé « cri en un acte, pleine esquisse pour trois corps et un pantin » propose une succession de brefs tableaux vivants, incisifs et tranchants, comme taillés au scalpel. D'ailleurs, avant que le spectacle ne commence, sur le mur du fond, un écran projette une image d'Egon derrière les barreaux. Prison d'une vie, prison d'une âme, nous sommes prévenus : l'existence de Schiele s'apparente plus à une descente aux Enfers qu'à une ascension au Paradis. Pour l'occasion, la petite salle des Blondes Ogresses a pris l'apparence d'un cabaret : lumière tamisée, ambiance feutrée. Sur les murs, des reproductions des dessins de Schiele. Nous-mêmes spectateurs sommes assis sur des chaises autour de petites tables de ce lieu de perversion et de débauche où l'action se déroule, des actes dont nous sommes malgré nous témoins. Cours ennuyeux à l'académie des beaux arts de Vienne, rencontre avec Wally, l'un de ses modèles fétiches, rivalité avec Klimt, séjour en prison, démêlés avec la police, mariage avec Edith, problèmes récurrents d'argent, maladie, le tout dans une atmosphère trouble de guerre et de montée du nazisme… chacun de ces moments de la vie d'Egon nous apparaît dans une incroyable sensibilité, dans une infinie justesse, et dans une tension maintenue sans relâche. Une mise en scène résolument expressionniste, qui joue à un haut degré avec les sens autant qu'avec les sensations, où émotions et sentiments visitent toute la palette, s'attardant à ses extrémités : la véhémence, l'hystérie, la rage, le désespoir… Porté par de jeunes comédiens enthousiastes, passionnés et talentueux (Eddy Wonka, Emmanuel Georges et Gladys Guilbaud), sans oublier une marionnette habilement manipulée, ce portrait d'Egon Schiele, enfant éternel, malmené et tourmenté, nous a littéralement séduits et bouleversés. Et a toutes les cartes en main pour remporter votre adhésion.


Françoise Gatti - Spectacle Vivant - avril 2011


Un spectacle [...] réussi : l'excellence des interprètes, le propos puissant, la mise en scène élégante, l'écriture et la scénographie fraîches et intelligentes, ingrédients "fruitsé" autour d'un thème particulièrement humain : l'art ...
Stéphanie Fumex nous fait partager les élans et les errances d'Egon Schiele, grand peintre Viennois de la fin des années 1900. Ses choix de mise en scène donnent relief à la dualité de ce personnage autrefois controversé et dont aujourd'hui personne ne conteste l'immense talent.



Amélie Blaustein Niddam - Toutelaculture.com - avril 2011

Faire du théâtre à partir d’une peinture, rendre vivante l’œuvre. C’est le pari audacieux et totalement gagné de la metteuse en scène et peintre Stéphanie Fumex présentant  « J’aimais tant, j’aime les contradictions » dans un théâtre semblant construit pour l’occasion, Les Blondes Ogresses. Une réussite théâtrale et picturale sans appel.

Stéphanie Fumex a traîné ses guêtres du côté du Théâtre de Soleil, elle en a gardé le sens de l’accueil et la générosité. Le public est reçu à l’extérieur par une comédienne en (beau) costume XIXe siècle, une fois entrés dans le lieu, une pièce au plafond orné de moulures, lustre à pampille et tables de bistrot partout. La metteuse en scène nous propose de nous assoir, nous offre à boire et à manger. Sur le mur, Egon Schiele dans une projection vidéo de dessin animé, tente de briser les barreaux de la prison où il est enfermé. Plongés dans une ambiance de bar très vintage recouvert de toiles de peintures, on bascule alors dans la vie de l’artiste
Assise, Gladys Guilbaud au sourire frénétique bouquine une biographie d’Egon, il va la rejoindre et elle, se transformer en « Wally », sa muse. Rapidement, le jeune Egon (Eddy Wonka) se transforme au côté de Klimt (Emmanuel Georges). Il peint des nus, des visages torturés et se peint lui-même dans des autoportraits à deux ou trois têtes. La mise en scène propose alors de dédoubler Schiele mettant en mouvement réellement les peintures où il se représente à plusieurs visages. Son œuvre dérange, au point qu’il se retrouve injustement emprisonné, durant vingt-quatre jours, un moment sublimé ici par une courte vidéo transformant Egon Schiele en pantin manipulé dans un moment de création enragée

L’univers scénique propose un équilibre juste entre les différents arts illustrant la phrase centrale du spectacle  » l’art ne peut pas être moderne, il est de toute éternité ». La peinture est exposée sur les murs du café devenant atelier ou maison. Stéphanie Fumex s’est inspirée de l’œuvre d’Egon Schiele pour créer des toiles anguleuses et captivantes. La vidéo est utilisée avec intelligence permettant une ellipse des comédiens au moment de l’emprisonnement, rajoutant à la solitude et à l’oppression de ces jours. Le jeu est impeccable, Gladys Guilbaud est parfaite dans le rôle de la muse qui sera délaissée pour Edith Harms, ici devenue un pantin en chiffon, le double corps d’Egon, incarné par Eddy Wonka et Emmanuel Georges vit de façon impeccable dans une tension attirante.

On sort de « J’aimais tant, j’aime les contradictions » avec le sentiment d’avoir appris sur la vie du peintre à la vie éclair, mort à 28 ans de la grippe espagnole. Stéphanie Fumex se sert du fil biographique pour faire vivre les peintures de l’artiste. Une plongée dans belle réussite.